GrandMas project

Nguyen Thi Teo

by saintier
Vietnam


Un parfum est indissociable de mes souvenirs d’enfance, embaumant ma mémoire et faisant ressurgir le passé : celui des nems de mémé Thi.
Mémé Thi vient du Vietnam, c’est une toute petite femme au grand sourire rieur qui plissent ses yeux pétillants, la seule adulte que je pouvais regarder dans les yeux sans me dévisser le cou.
À genoux sur une chaise pour mieux voir, je contemplais ma grand-mère préparer les nems : une véritable chorégraphie. Ses mains brunes effectuaient un pliage digne d’un origami, puis les rouleaux blancs volaient vers une poêle remplie d’huile frémissante. Et les nems s’empilaient en une montagne pyramidale toute dorée.
Parfois, je l’aidais en plaçant la viande hachée sur la galette de riz translucide tandis qu’elle veillait du coin de son œil bridé.
C’était un moment fascinant, où elle nous racontait des histoires anciennes qui avaient pour mes frères et moi, un petit goût de légendes irréelles, tandis que l’on voyait les ingrédients se transformer devant nous en un véritable festin plein de parfums d’orient et de magie.
Elle seule sait cuisiner ainsi. Nous avons beau suivre scrupuleusement ses recettes, il manque toujours un petit quelque chose. Ce n’est pas dû aux ingrédients ou à la méthode de préparation. Non, c’est l’enchantement d’un après-midi entassé tous ensemble dans une minuscule cuisine participant en famille à ce vaste ballet dirigé par la baguette de mémé Thi, à confectionner ensemble les inoubliables et inénarrables nems de mon enfance.