GrandMas project

Jeanne Berman

par Agathe Berman
France


« Jeanne Berman, née Denise Potosniak, dite Grand-Mère ou GM. Mère de mon père, née en 1907 à Bagnolet d’une française et d’un croate austro hongrois, tous deux anarchistes. Elle a été ouvrière typographe à 12 ans. Elle aimait immensément la langue française. Ma soeur disait d’elle que c’était une grand-mère de concours. Elle nous laissait regarder la télé super tard. Elle nous a épluché les crevettes grises une à une, et nous a fait : de la mousse au chocolat présentée dans des mini- marmites, de la mayonnaise dans un pot en faïence de Moustiers, des bugnes, des grands latkes archi frits,  des boulettes ovales de viande blanche hachée et panée – délicieuses – qu’elle appelait des croquettes, et du foie haché. A cause d’une opération à la gorge avant ma naissance, elle se nourrissait surtout de soupe de légumes, de marmelade maison et de compote de poires et ne pouvait se chausser que des mules compensées, en liège. Elle disposait sa tarte aux pommes sur une grande assiette en pyrex que j’ai dans ma cuisine. Le matin elle buvait du Nescafé déca sucré, dans une tasse bleue en porcelaine anglaise, elle y trempait des biscottes recouvertes de tranchettes de Caprice des Dieux. Parfois quand je suis un peu malade, je m’achète ce fromage pour me réconforter. J’ai pour toujours gravé en moi son explication du danger mortel de la panique, à cause de la manif de soutien à Sacco et Vanzetti en 1927. Elle nous appelait « millou » ou « ma crotte ». Sur la photo, à ses côtés il y a notre grand-père qu’elle appelait Ioulek. Tous les deux nés très pauvres, avaient fait un bond social après-guerre. Avec son turban, elle me fait penser à Simone de Beauvoir. Après sa mort, on a résilié 37 abonnements à des journaux et revues. Et sa bibliothèque était inépuisable. Elle avait survécu à énormément de maladies. Elle était excentrique, pas commode, généreuse. » – Agathe